22 juin 2020 Admin

Sagéo, ou comment organiser un plateau technique autour d’un MG

What’s Up Doc, 11/06/2020
Jean-Bernard Gervais

En juillet prochain ouvrira le premier centre de santé Sagéo. Les fondateurs de cette société ont privilégié l’organisation d’un plateau technique autour du médecin généraliste, qui n’a plus qu’à s’occuper de médecine, ou de télémédecine. Nous avons demandé au président de Sagéo Service, comment ça marche… Réponses. 

What’s up Doc. Quand avez-vous commencé à penser le développement de ce modèle ?

Nicolas Boudeville. Nous avons initié le projet en 2017 au moment où les problématiques sur les maisons de santé et pôles de santé se développaient, lors de l’élection présidentielle. À l’origine, nous venons du financement des infrastructures publiques, plus précisément d’Edifice Capital, la structure qui a porté la fondation de Sageo. Edifice Capital est une société que j’ai créée en 2011 et je dirigeais auparavant les fonds de caisse d’épargne sur l’investissement dans les infrastructures publiques et plus particulièrement sociales. Parallèlement, nous avons travaillé sur des problématiques de développement de télémédecine sur le continent Africain. Nous nous sommes rendu compte qu’il fallait que nous nous entourions de sachants et nous avons donc créé un collectif sous la forme d’une association qui s’appelait SAGEO Santé. Nous y avons fait rentrer des élus avec pour certains une fibre médicale, ou pour leur connaissance du système mutualiste ou du système des assurances. La FHP, la FHF, nous ont accompagnés dans cette réflexion, tout comme des médecins généralistes, la mutualité française, le responsable santé du Premier ministre… Nous mettions au cœur de notre réflexion la question suivante : que faut-il faire pour que les centres de santé répondent aux intérêts des médecins généralistes ? Durant un an, nous nous sommes rencontrés de manière plus ou moins formelle pour dégager une vision partagée. Les médecins généralistes que nous avions rencontrés nous avaient demandé de mettre de la souplesse dans la pratique, de développer une approche sur le temps de travail, car les structures actuelles ne proposaient guère que du plein temps. Les médecins généralistes voulaient aussi s’intéresser à des pathologies plus complexes, suivre leurs patients le plus longtemps possible, et de ne plus faire que de la bobologie. Nous avons alors créé Sageo service qui est une vraie société avec pour but de développer sur tout le territoire national et particulièrement dans les déserts médicaux le modèle que nous avons défini.

Suivre leurs patients le plus longtemps possible, et de ne plus faire que de la bobologie

WUD. Quel est le modèle de vos centres de santé ?

N. B. Nous voulons créer autour du médecin généraliste un véritable plateau technique de ville, relié à un plateau technique hospitalier. Le médecin généraliste doit disposer sur ce plateau technique d’une activité bio/patho, radiologie/échographie/imagerie, une activité liée à la prévention, au troisième âge. Par ailleurs nous allons privilégier avec les paramédicaux une complémentarité d’exercice plutôt qu’une mise en concurrence. Nous avons décidé d’ajouter une spécialité qui est l’ophtalmologie pour des questions d’équilibre financier. Ce plateau technique doit aussi désengorger les urgences vitales en ayant des plages horaires larges : le modèle qui a été choisi est 8 heures/22 heures, 6 jours sur 7. Nos centres intègrent aussi les dernières techniques en termes de télémédecine. La télémédecine va permettre aux médecins généralistes de suivre plus longtemps leurs patients. Imaginons qu’un des patients de nos médecins généralistes aient un problème d’arythmie cardiaque. Après examen, le généraliste va renvoyer le patient vers le médecin spécialiste. Le médecin généraliste pourra ensuite organiser une téléconsultation avec le cardiologue et disposer du dossier complet de son patient. Les rendez-vous de suivi seront organisés par le médecin généraliste, ce qui va permettre de désengorger les rendez-vous de suivi des médecins spécialistes. Cela va permettre aux médecins généralistes de suivre plus longtemps leur patient, ça c’est un sujet qui les intéressait énormément : jusqu’à présent, les médecins n’avaient pas de suivi de pathologie. Cela leur permettra aussi de participer à des travaux de recherche dans le cadre de la fonction de maitre de stage.

La télémédecine va permettre aux médecins généralistes de suivre plus longtemps leurs patients

WUD. Quel est le modèle économique ?

N. B. Nous avions pour exigence d’avoir des médecins en secteur 1, en tiers payant. Nous voulions une véritable approche sociale. Il fallait trouver un modèle économique. Souvent la variable d’ajustement, dans les maisons ou centres de santé, ce sont les loyers payés, etc.  Nous ne voulions pas de cela. Nous voulions un modèle ou la partie médicale/paramédicale ne soit pas une variable d’ajustement. Nous voulions un socle financier sûr. Sur nos quatre piliers – prévention, biologie, orphalmologie et radiologie – il fallait que nous trouvions des acteurs qui pouvaient nous accompagner à l’échelle nationale et qui pouvaient, dès lors que nous ouvrions une structure, rémunérer cette structure avec un contrat de prestation service sur un certain nombre d’années. Il ne restait plus alors qu’à trouver des médecins généralistes et des paramédicaux, considérer s’ils préféraient le salariat, ou l’exercice libéral, et choisir le modèle “maison de santé” ou “centre de santé”, selon les préférences d’exercice de nos médecins. Au sujet de la biologie, nous avons décidé de travailler avec Unilabs, sur la radiologie nous nous sommes associés à Vidi. Sur la prévention, nous nous sommes associés à IDP santé qui a développé entre autres l’atelier de la marche. Ils vont développer avec nous des ateliers marche, mémoire, bien se nourrir, etc. Opthalmologie express nous accompagne sur l’opthalmologie. Pourquoi l’ophtalmologie ? Même si nous sommes dans des déserts médicaux, il faut que les patients viennent. L’opthalmologie nous amène sans coup férir un flux de patients dans le pôle. Comme la majorité des médecins qui veulent travailler avec nous souhaite être salariés, nous avons choisi de nous constituer en centre de santé, ce qui nous permet aussi d’employer une minorité de médecins libéraux. Nous, Sageo national, achetons nos locaux et nous louons nos locaux aux structures locales, comme Sageo service le Havre. À charge ensuite à Sageo local de signer ses contrats de service avec ses 4 partenaires, mais aussi les médecins, ce qui va représenter sa rémunération. À charge pour Sageo de s’occuper de l’entretien du local pour que les médecins puissent s’occuper uniquement du médical.

Nous voulions une véritable approche sociale

WUD. Qui gère les rémunérations des médecins ?

N. B. C’est l’association médicale, qui regroupe la totalité des médecins, qui gère leur rémunération. C’est l’association qui fixe la rémunération des médecins. C’est totalement indépendant de la gestion de la structure. Mais comme les frais sont couverts par les contrats signés avec les quatres partenaires – opthalmologie, biologie, radiologie, prévention – la partie médicale n’est plus la variable d’ajustement. A tel point que nous arrivons à mettre à disposition dans nos centres, des locaux gratuits pour les infirmier.e.s. Et ils vont pouvoir bénéficier de systèmes très modernes, comme des mallettes spécialement équipées pour la téléconsultation. L’infrastructure que nous proposons est à la pointe de la technologie. Pour des sites plus grands, nous allons élargir notre offre en nous associant à un groupe en gynécologie qui s’appelle pointgyn, une émanation des hopitaux Foch et la Salpêtrière. Dernier élément que nous allons intégrer : l’activité sport/santé. Nous allons travailler avec monstade, dans la même logique qu’avec nos partenaires en opthlalmologie, sur des surfaces plus importantes.

WUD. Ces équipements sont bien sûr regroupés en un seul et même endroit ?

N. B. Oui, bien sûr.

WUD. Quand avez-vous installé votre premier centre ?

N. B. Notre premier centre ouvre au Havre début juillet. Nous enchainons ensuite avec Montigny-lès-Cormeilles et Ivry-sur-Seine avant la fin de l’année. Nous en ouvrons six l’an prochain : à Argenteuil, la banlieue lyonnaise, Guigamp, Annemasse. Dans cette dernière ville, nous serons installés dans une gare. L’idée, c’est quand même de couvrir le territoire national. Potentiellement, nous devrions ouvrir à Morlaix, Beauvais, nous avons aussi un projet à Jonquières. Nous adaptons notre offre selon la patientèle, le bassin de population, en poursuivant le même but : créer un plateau technique autour du médecin généraliste. Voilà ce qui nous guide.

WUD. Pourquoi avoir choisi de vous implanter dans des déserts médicaux ?

N. B. C’est le résultat de nos concertations avec la FHF, la FHP, la mutualité… Si nous voulions faire du secteur 1 il fallait aller dans ces territoires. Il faut bien comprendre que nous parlons de désert médicaux en terme de nombre de médecins généralistes. Le jour où nous avons lancé notre modèle, nous avons été submergés de demandes sur de grosses métropoles qui étaient de fait des déserts médicaux. Il n’y pas non plus de corrélation entre la richesse d’une population et la présence de déserts médicaux. Typiquement, Ville d’Avray, devient désert médical, Versailles aussi est un quasi désert médical… Car ils ont plus de 70% de leurs médecins aujourd’hui âgés de 55 ans ou plus…

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